L'anticartogramme et ses interprétations
07.04.2010
Article

La ville c'est mieux pour les enfants

Giorgia Ceriani Sebregondi

Après plusieurs années alternant vie en centre ville métropolitain (Paris et New York) et vie périurbaine provinciale (bord de mer varois et campagne aixoise), avec et sans enfant, j'ai élaboré une nouvelle théorie sur les bienfaits de la ville pour les enfants de tous âges.

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J'ai cru, comme beaucoup, qu'élever un bébé ou un jeune enfant dans une maison au calme avec jardin serait certainement meilleur pour son développement : plus de verdure, moins de pollution (enfin, si on pense vraiment qu'à 10 km de la ville l'air pollué n'arrive pas), moins de bruit, plus de liberté, etc.

J'en suis revenue progressivement et j'ai réhabilité les avantages à vivre au centre-ville, dans un immeuble. Pour les rapports parent-enfant d'abord, parce qu'on a plus de chance, en tant que femme qui travaille, de voir son enfant quelques heures par jours si on ne doit pas se coltiner des heures de trajet en voiture matin et soir. On est moins fatiguée et stressée en rentrant, ce qui n'est pas négligeable pour avoir la patience d'écouter ses babillages avec l'intérêt passionné qui leur est dû. On a moins de mal pour avoir des services à domicile aussi (ménage, gardes, livraisons), ce qui dégage du temps et de l'énergie pour le reste de la famille. Mais la vie en ville est aussi bonne pour leur éducation, parce qu'elle leur apprend à vivre avec les autres, à la côtoyer, à gérer la promiscuité, la foule, les différences. C'est un apprentissage accéléré et précoce de la confrontation à l'altérité indispensable pour nos futurs citoyens du Monde et je ne suis pas sûre du tout qu'ils puissent le rattraper plus tard… Habiter en ville, contrairement au pavillon isolé, c'est apprendre à faire avec les autres, à tenir compte des autres en permanence (même si on met en place des fonctionnements d'évitement et d'autopréservation), c'est penser qu'on a des voisins, c'est accepter qu'on n'est pas complètement maître des rencontres que l'on fait. Contrairement à la vie pavillonnaire, la vie citadine est faite de rencontres, de hasards, plus ou moins bons. Vivre en ville apprend à nos enfants à faire avec et même à exploiter au mieux ces opportunités.

Dans un monde de mobilité, des réseaux sociaux, d'ouverture tous azimuts, de brutalité et de concurrence exacerbées aussi, la ville devrait devenir un incontournable éducatif.

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