L'anticartogramme et ses interprétations
10.06.2010
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Retour

Cyril Robin

C’est en tombant sur le mot « retour » dans le Petit Robert (j’étais avec mon fils ainé sur la piste du mot « rétorquer » !) que je pris définitivement conscience de notre retour en France. Il existe plusieurs définitions de ce mot même si elles nous renvoient toutes quelque part.

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Celle qui a ma préférence est : « Le chemin qu’on suit, le temps qu’on met pour revenir à son point de départ ». Toutes les définitions du mot « retour » ne prennent pas en compte cette notion de temps, pourtant inséparable de la distance parcourue pour revenir d’où l’on est venu !
Pour revenir, le chemin qu’on suit est important. Il n’est pas toujours celui que l’on a choisi, il n’est pas celui que l’on préfère. On ne le fait pas toujours seul. Il est parfois court alors qu’on l’aurait souhaité long. Les retours sont souvent imposés : la date du billet d’avion, un drame familiale, un changement de carrière…Le retour, il n’est pas toujours simple de s’y préparer. On l’idéalise, on s’angoisse, on s’en réjouie.
Un retour, c’est souvent la fin d’une histoire. On sait ce que l’on quitte, parfois à regret, parfois soulagé. Un retour est toujours chargé en émotion. On essaie toujours de l’anticiper, de s’y préparer. Mais toujours, au bout du compte, on est surpris, saisi par cette rupture qui nous ramène à un point de départ. D’ailleurs, est-ce le même que celui que l’on a quitté ?
Le retour c’est aussi  et surtout du temps qui passe différemment de l’habitude. Le retour c’est un moment privilégié pour se souvenir de ce que l’on a fait. Le retour est une parenthèse entre deux lieux, entre deux moments de votre vie. Le temps du retour est un entre-deux. On sait ce que l’on vient de quitter, mais nous ne sommes jamais certains de ce que nous retrouvons.
D’un retour d’expatriation, j’ai passé en famille cinq années en Inde, on attend beaucoup de choses. Beaucoup trop ! Nous savions que la réadaptation ne serait pas une chose facile, mais nous sous-estimions l’atmosphère qui régnait et règne encore en France. Il faut avouer que nous n’avons pas choisi le meilleur des moments pour rentrer : le débat sur l’identité nationale !
D’une Inde chaotique mais qui avance à une France lisse mais stagnante, nous sommes tombés de haut. Nous avions certainement fini par idéaliser la vie en France par rapport à ce que nous connaissions avant notre départ. Les petits tracas quotidiens de la vie à New Delhi, jamais rien de très important mais une accumulation de petites choses qui obligent plus que de coutume à prendre sur soi, nous avaient fait imaginer la vie en France comme un long fleuve tranquille. Un pays sans panne d’électricité, sans problème d’eau – à la fois le manque et l’impureté de l’eau –, à la connexion à l’internet ultra rapide, un pays où la distance à l’autre ne nous engage jamais dans un rapport de force, que ce soit chez l’épicier, au guichet d’une gare ou dans une de ces longues et interminables queues au bureau d’enregistrement des étrangers résidant en Inde.
La France nous l’avions imaginé moins chaude qu’en Inde. Mais pas aussi froide ! La France, nous l’avions espéré sortie de cette posture arrogante vis-à-vis des pays du Sud. Là encore nous nous trompions. Enfin, nous ne nous attendions pas à retrouver la France engluée dans ses vieux démons racistes et xénophobes.

En fait, en France, nous espérions un peu de repos.
L’Inde ne s’offre pas à vous, en tout cas pas autant que l’on pourrait le croire. La présence quasi permanente de personnes autour de soi oblige souvent à faire un effort de concentration pour faire abstraction de son environnement immédiat. En Inde, rien n’est jamais pleinement acquis, même la beauté des choses, d’un moment à l’autre tant de choses surprenantes et parfois dérangeantes peuvent se produire et remettre immédiatement en question ce sentiment de bonheur que vous aviez enfin atteint.
Avec ce premier billet, je signe mon retour définitif en France. Non que je ne pense pas repartir un jour, mais il aura fallu plusieurs mois avant d’accepter cette nouvelle situation, avant d’accepter que nous ne sommes pas en France pour la seule période des vacances estivales mais aussi pour subir désormais le froid hivernale et le métro aux heures de forte affluence. Il nous aura fallu du temps pour revenir…

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