L'anticartogramme et ses interprétations

Les Mao iront jusqu'au bout

Youth's brainwashing

La multiplication des assassinats politiques et des attaques de plus en plus meurtrières contre les forces paramilitaires indiennes ne font plus de doute quant à l’organisation et à la détermination de la guérilla maoïste, aussi appelée naxaliste

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Dans la nuit du 28 au 29 mai 2010, la rébellion maoïste est entrée dans une nouvelle dimension : celle d’un terrorisme aveugle et de masse. Le sabotage d’une voie ferrée revendiquée par un groupe soutenu par les maoïstes, le Comité populaire contre les atrocités policières (People’s Committee against Police Atrocities, PCPA) a provoqué le déraillement d’un train reliant Calcutta à Mumbai et causé la mort de plus de 100 personnes civiles. Les activités des naxalistes ne visent plus les seuls représentants et symboles de l’Etat indien, mais s’attaquent avec ce dernier incident aux citoyens.

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement fédéral indien doit affronter les critiques de plus en plus virulentes de l’opposition emmenée par le parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata party. La coalition gouvernementale emmenée par le parti du Congrès au pouvoir depuis 2004 ne parvient pas à mettre en œuvre une politique cohérente d’endiguement des groupes maoïstes (au début du mois d’avril, une attaque contre des forces paramilitaires a fait 76 morts, un nombre encore jamais atteint en 43 années d’insurrection maoïste en Inde). Cette nouvelle action des naxalistes va certainement pousser les autorités indiennes à accroître les moyens déjà colossaux de la lutte contre cette guérilla mais certainement pas à changer la méthode.

Depuis plusieurs années, le gouvernement central mobilise un nombre croissant de forces paramilitaires, sous équipées et peu préparées, privilégiant une réponse armée au défi lancé par les naxalistes. Il est difficile de voir dans ce type de mesure une solution de long terme prenant en compte les sources du conflit : extrême pauvreté, déplacements forcés, etc. Le problème posé par la guérilla maoïste ne pourra seulement se régler par les armes. Dans l’État du Chhattisgarh, les autorités politiques sont allées jusqu’à organiser, armer et rémunérer des brigades villageoises pour lutter contre la rébellion. Les exactions de ces milices paysannes n’ont fait qu’alimenter les violences dans des zones déjà très instables. L’attitude des autorités politiques nationales et régionales démontre l’absence d’une réelle prise en compte des causes qui conduisent des individus, principalement jeunes et féminins, à rejoindre le mouvement. Pour ceux qui deviennent des militants maoïstes, il s’agit d’exister socialement. Sans travail, sans argent et sans avenir, la guérilla est une activité come une autre, un moyen d’exister dans un environnement où peu de cas est fait de leur vie.

En raison du nombre élevé de victimes civiles provoqué par ce dernier attentat, l’insurrection maoïste risque de s’aliéner une partie du soutien qu’elle avait jusque-là au sein de l’élite d’extrême gauche indienne. Il paraît difficile de justifier un combat pour le respect des droits de certaines sections de la population indienne par un tel acte. L’attentat aveugle qui a eu lieu plonge la guérilla maoïste dans le terrorisme de masse et aura très probablement pour effet, auprès de l’opinion public, de la placer définitivement au même niveau que les terroristes islamistes. Dans un cas comme celui-ci, l’idéologie animant le combat des rebelles maoïstes en faveur d’une plus grande égalité dans l’accès et la répartition des richesses ne semble être qu’une posture médiatique masquant des activités criminelles et terroristes. Dans certaines régions, les maoïstes ne sont plus mus par une idéologie. Ils sont devenus des groupes criminels, qui rançonnent, kidnappent, voire travaillent localement au maintien de la « paix sociale » en accord avec des propriétaires terriens ou de grands groupes industriels.

La question naxaliste, d’une actualité quasi quotidienne – attaques de postes de police, arrestation de chefs présumés de groupes maoïstes, meurtres de paysans supposés avoir renseigné les forces de police sur les activités naxalites dans leurs villages, etc. – est aujourd’hui le plus grand défi sécuritaire auquel l’Inde doit faire face. Au tournant de l’an 2000, le mouvement a connu un renouveau alors que l’écart entre les zones rurales et urbaines s’accroissait sous l’effet de la croissance économique et d’une pression de plus en plus forte sur les ressources naturelles, particulièrement minières et forestières appuyée notamment sur une politique nationale de développement de zones franches depuis 2005.

Les rebelles maoïstes recrutent aujourd’hui dans les populations les plus défavorisées, souvent prises entre deux feux, et parmi lesquelles les dalits (autre terme pour désigner les intouchables) et les communautés tribales. Celles-ci sont les principales victimes des déplacements forcés liés à l’implantation de gigantesques projets industriels de grandes compagnies nationales et internationales. Actifs dans 20 des 28 Etats de l’Union indienne (en 2004, neuf Etats étaient concernés), du Bihar au Tamil Nadu, le Corridor Rouge – notion quelque peu exagérée – s’étendrait et le nombre annuel de victime reste toujours conséquent : 717 en 2005, 742 en 2006, 650 en 2007, 638 en 2008, 998 en 2009 et plus de 550 pour les cinq premiers mois de 2010).

Un tel conflit ne pourra trouver une issue favorable qu’à travers une politique volontariste de développement durable contribuant au maintien des droits des populations sur leurs terres. Le principal problème à surmonter reste, pour le gouvernement central, les intérêts privés locaux caractérisés par une intrication très forte des milieux économiques, politiques et criminels. Cet environnement  contre démocratique a souvent eu raison des programmes de développement et de lutte contre la pauvreté lancées par le gouvernement de Delhi.

Retour

Spiti Valley, Himalaya, Inde

C’est en tombant sur le mot « retour » dans le Petit Robert (j’étais avec mon fils ainé sur la piste du mot « rétorquer » !) que je pris définitivement conscience de notre retour en France. Il existe plusieurs définitions de ce mot même si elles nous renvoient toutes quelque part.

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Celle qui a ma préférence est : « Le chemin qu’on suit, le temps qu’on met pour revenir à son point de départ ». Toutes les définitions du mot « retour » ne prennent pas en compte cette notion de temps, pourtant inséparable de la distance parcourue pour revenir d’où l’on est venu !
Pour revenir, le chemin qu’on suit est important. Il n’est pas toujours celui que l’on a choisi, il n’est pas celui que l’on préfère. On ne le fait pas toujours seul. Il est parfois court alors qu’on l’aurait souhaité long. Les retours sont souvent imposés : la date du billet d’avion, un drame familiale, un changement de carrière…Le retour, il n’est pas toujours simple de s’y préparer. On l’idéalise, on s’angoisse, on s’en réjouie.
Un retour, c’est souvent la fin d’une histoire. On sait ce que l’on quitte, parfois à regret, parfois soulagé. Un retour est toujours chargé en émotion. On essaie toujours de l’anticiper, de s’y préparer. Mais toujours, au bout du compte, on est surpris, saisi par cette rupture qui nous ramène à un point de départ. D’ailleurs, est-ce le même que celui que l’on a quitté ?
Le retour c’est aussi  et surtout du temps qui passe différemment de l’habitude. Le retour c’est un moment privilégié pour se souvenir de ce que l’on a fait. Le retour est une parenthèse entre deux lieux, entre deux moments de votre vie. Le temps du retour est un entre-deux. On sait ce que l’on vient de quitter, mais nous ne sommes jamais certains de ce que nous retrouvons.
D’un retour d’expatriation, j’ai passé en famille cinq années en Inde, on attend beaucoup de choses. Beaucoup trop ! Nous savions que la réadaptation ne serait pas une chose facile, mais nous sous-estimions l’atmosphère qui régnait et règne encore en France. Il faut avouer que nous n’avons pas choisi le meilleur des moments pour rentrer : le débat sur l’identité nationale !
D’une Inde chaotique mais qui avance à une France lisse mais stagnante, nous sommes tombés de haut. Nous avions certainement fini par idéaliser la vie en France par rapport à ce que nous connaissions avant notre départ. Les petits tracas quotidiens de la vie à New Delhi, jamais rien de très important mais une accumulation de petites choses qui obligent plus que de coutume à prendre sur soi, nous avaient fait imaginer la vie en France comme un long fleuve tranquille. Un pays sans panne d’électricité, sans problème d’eau – à la fois le manque et l’impureté de l’eau –, à la connexion à l’internet ultra rapide, un pays où la distance à l’autre ne nous engage jamais dans un rapport de force, que ce soit chez l’épicier, au guichet d’une gare ou dans une de ces longues et interminables queues au bureau d’enregistrement des étrangers résidant en Inde.
La France nous l’avions imaginé moins chaude qu’en Inde. Mais pas aussi froide ! La France, nous l’avions espéré sortie de cette posture arrogante vis-à-vis des pays du Sud. Là encore nous nous trompions. Enfin, nous ne nous attendions pas à retrouver la France engluée dans ses vieux démons racistes et xénophobes.

En fait, en France, nous espérions un peu de repos.
L’Inde ne s’offre pas à vous, en tout cas pas autant que l’on pourrait le croire. La présence quasi permanente de personnes autour de soi oblige souvent à faire un effort de concentration pour faire abstraction de son environnement immédiat. En Inde, rien n’est jamais pleinement acquis, même la beauté des choses, d’un moment à l’autre tant de choses surprenantes et parfois dérangeantes peuvent se produire et remettre immédiatement en question ce sentiment de bonheur que vous aviez enfin atteint.
Avec ce premier billet, je signe mon retour définitif en France. Non que je ne pense pas repartir un jour, mais il aura fallu plusieurs mois avant d’accepter cette nouvelle situation, avant d’accepter que nous ne sommes pas en France pour la seule période des vacances estivales mais aussi pour subir désormais le froid hivernale et le métro aux heures de forte affluence. Il nous aura fallu du temps pour revenir…

videshi